Les plus belles routes de camping-car en France : mes itinéraires testés, les pièges à éviter et le budget réel
La France est un terrain de jeu exceptionnel pour le camping-car. Personne ne vous dira le contraire. Mais entre les brochures touristiques et la réalité du bitume, il y a un fossé que j'ai appris à connaître à mes dépens.
J'ai parcouru plus de 40 000 kilomètres en camping-car ces dernières années, de la pointe du Raz aux gorges du Verdon, et je peux vous dire une chose : les plus belles routes ne sont pas celles qu'on trouve dans les top 10 Google. Ce sont celles où vous pouvez réellement vous arrêter, dormir tranquille, et où votre véhicule de 7 mètres passe sans accroc.
Alors oui, je vais vous parler des grands classiques. Mais je vais surtout vous dire comment les aborder sans vous faire piéger.
Points clés à retenir
- Le budget moyen d'une semaine en camping-car en France tourne autour de 350 à 500 € tout compris, hors carburant pour rejoindre le point de départ
- La Route des Grandes Alpes se prépare : certains cols dépassent les 2 700 m et restent fermés jusqu'à mi-juin, parfois plus tard selon l'enneigement
- Toutes les routes de montagne ne sont pas adaptées aux camping-cars : le PTAC et la longueur hors tout font la différence entre une étape paisible et un cauchemar
- Les aires gratuites existent, mais elles se méritent : la plupart sont saturées en juillet-août avant 17h
- Le centre de la France reste la région la plus sous-estimée pour le camping-car : peu de monde, des prix bas, et des paysages magnifiques
Ce que personne ne vous dit avant de choisir un itinéraire
Quand j'ai commencé le camping-car il y a sept ans, je choisissais mes routes sur les photos. Erreur de débutant. La plus belle route du monde devient un enfer si vous passez trois heures à chercher où dormir ou si vous vous retrouvez bloqué dans un virage en épingle avec un véhicule de 7 mètres.
Les trois critères que je vérifie systématiquement avant de valider un itinéraire :- La largeur des routes : en montagne, beaucoup de cols pittoresques ont des chaussées étroites. Si votre camping-car mesure plus de 2,30 mètres de large, certaines routes deviennent très inconfortables, surtout en croisement
- Le PTAC et les restrictions locales : de plus en plus de communes classent leurs routes en zone interdite aux véhicules de plus de 3,5 tonnes. C'est particulièrement vrai en Corse et sur certaines portions du littoral méditerranéen
- Les hauteurs sous ponts : un détail que j'ai appris à vérifier après avoir failli arracher mon toit sous un passage ferroviaire en Ardèche
Et puis il y a la saison. La Route des Grandes Alpes est sublime en septembre, mais affreuse en août : les motards, les cyclistes et les voitures de location s'y pressent, et les aires sont pleines dès 15h. En juin, vous aurez les paysages pour vous, mais certains cols seront encore fermés.
La règle des 200 kilomètres par jour
J'ai mis des années à l'accepter : en camping-car, on ne couvre pas les mêmes distances qu'en voiture. Entre les arrêts photo, les aires de service et les routes de montagne, 200 kilomètres par jour représentent déjà une belle étape. Au-delà, vous passez votre temps au volant et vous ratez tout.
Pour un circuit d'une semaine, je prévois donc entre 1 000 et 1 400 kilomètres au maximum, répartis en 4 à 5 étapes avec un ou deux jours "posés" au milieu. C'est le rythme qui permet de vraiment profiter.
La Route des Grandes Alpes : le mythe, et la réalité
C'est LA route que tout camping-cariste rêve de faire au moins une fois. Et honnêtement, elle le mérite. Thonon-les-Bains à Menton, 684 kilomètres, 16 cols dont certains à plus de 2 700 mètres : le parcours est spectaculaire, personne ne vous dira le contraire.
Mais parlons des choses qui fâchent.
Le col de l'Iseran (2 764 m), le plus haut de France, ouvre généralement entre mi-juin et fin juin, selon l'enneigement. Le col du Galibier, lui, reste souvent fermé jusqu'à début juin. Autrement dit : si vous partez en mai, vous risquez de faire des détours de 150 kilomètres pour contourner les fermetures.
Et puis il y a la question du gabarit. Le col de la Bonette, avec son fameux circuit à 2 802 mètres, est accessible en camping-car, mais la route est étroite et sinueuse sur les derniers kilomètres. Les camping-cars de plus de 6 mètres doivent redoubler de prudence, surtout dans les épingles où les croisements se négocient au centimètre.
Franchement, je vous recommande de faire cette route du nord au sud, comme le font la plupart des camping-caristes. Les montées sont plus progressives et vous évitez les descentes interminables qui surchauffent les freins.
Où dormir sur la Route des Grandes Alpes
Les aires payantes se comptent entre 12 et 18 € la nuit, avec eau et électricité. Elles sont nombreuses, mais elles se remplissent vite en haute saison. Arrivez avant 16h si vous voulez avoir le choix, c'est la règle que je me suis fixée après avoir tourné 45 minutes autour de Briançon en pleine saison.
Le stationnement libre en montagne est possible dans certaines zones, mais attention aux arrêtés municipaux qui se multiplient. Et puis il y a la réalité des nuits en altitude : même en août, il peut faire 5°C au col de l'Iseran.
La Bretagne : le camping-car tranquille, presque toute l'année
Si je devais recommander UNE région à un premier voyage en camping-car, ce serait la Bretagne. Les routes sont larges, les distances courtes, et la densité d'aires gratuites et à petit prix est la plus élevée de France.
Le tour du Finistère, de Saint-Malo à Vannes en passant par la pointe du Raz, se fait facilement en une semaine, avec des étapes de 80 à 120 kilomètres. De quoi prendre le temps de marcher sur les sentiers côtiers, de goûter les huîtres à Cancale et de regarder le soleil se coucher sur l'océan.
Le budget y est aussi plus doux qu'ailleurs : comptez 30 à 40 % de moins qu'en Provence pour les aires et les campings. Et hors juillet-août, vous trouverez facilement des emplacements même dans les villages les plus touristiques.Les aires gratuites en Bretagne : le mythe du stationnement libre
J'ai lu beaucoup de choses sur les aires gratuites en Bretagne. La réalité est plus nuancée. Sur le littoral, la plupart des aires sont payantes (5 à 10 € la nuit) entre mai et septembre, et c'est très bien comme ça : cela finance l'entretien et limite le stationnement sauvage.
Les aires vraiment gratuites existent, mais elles sont souvent à l'intérieur des terres ou dans des petites communes qui ne vivent pas du tourisme de masse. C'est notamment le cas dans les Côtes-d'Armor et une partie du Morbihan : on y dort pour rien, mais il faut accepter de ne pas avoir le coucher de soleil sur la mer.
Et une précision qui vaut de l'or : beaucoup d'aires gratuites en Bretagne se trouvent sur des parkings de supermarchés ou des terrains communaux. Elles sont parfaitement légales pour une nuit, mais les services (eau, vidange) sont souvent à chercher ailleurs.
Les itinéraires moins connus qui valent vraiment le détour
Après des années à sillonner la France, je dois vous avouer quelque chose : les routes que je préfère ne sont pas les plus célèbres. Ce sont celles où je croise plus de vaches que de voitures.
La vallée du Lot : la rivale méconnue de la Dordogne
La Dordogne attire des foules considérables en été. Sa petite sœur, la vallée du Lot, offre des paysages comparables avec une fraction des visiteurs. De Cahors à Entraygues-sur-Truyère, la route qui longe le Lot est sinueuse, parfois étroite, mais absolument superbe.
Les villages de Saint-Cirq-Lapopie, Cajarc ou Estaing comptent parmi les plus beaux de France, et les aires de camping-car y sont nombreuses et peu chères. En septembre, j'y ai souvent eu des emplacements entièrement pour moi, avec vue sur la rivière.
Le seul vrai challenge : la route est étroite entre Cahors et Saint-Cirq-Lapopie. Les camping-cars de plus de 7 mètres devront rouler lentement et utiliser les rares créneaux pour se croiser. Mais franchement, ça fait partie du charme.
Un circuit viticole de Champagne en Bourgogne : l'itinéraire gourmand
Voilà un circuit que j'ai testé et retesté, parce qu'il fonctionne à toutes les saisons : Épernay, Troyes, Auxerre, Beaune, sur 450 kilomètres que l'on peut étaler sur 5 à 7 jours.
La route touristique du Champagne, entre Épernay et Reims, est parfaitement adaptée aux camping-cars : les routes sont larges et bien entretenues, et les maisons de champagne sont habituées à recevoir du monde. Les aires de stationnement sont nombreuses, surtout autour d'Épernay où une aire équipée se trouve à deux pas du centre-ville.
En Bourgogne, la route des Grands Crus entre Dijon et Santenay est magnifique, mais les parkings des villages viticoles sont souvent petits. Je vous conseille de vous garer à Beaune et de rayonner en vélo ou en navette plutôt que d'essayer de vous faufiler entre les domaines.
Le vrai bonus de ce circuit : il fonctionne de mars à novembre, et les mois d'avril et octobre offrent des couleurs et une lumière que les photos de brochure ne rendent pas justice.
Les gorges du Verdon : magnifiques, mais compliquées
Les gorges du Verdon sont un passage obligé, et pourtant, je dois vous prévenir : elles posent de vrais problèmes de circulation en camping-car, surtout entre juin et septembre.
La route des Crêtes, qui surplombe les gorges côté nord, est étroite, sinueuse et ponctuée de belvédères aux parkings minuscules. Au plus fort de l'été, les camping-cars s'y croisent avec difficulté et les bouchons sont fréquents.
Mon conseil : faites les gorges du Verdon en avril-mai ou en septembre-octobre, et utilisez plutôt les routes des rives (la route de la rive gauche, D71, est plus large et moins fréquentée que la route des Crêtes). Pour dormir, les lacs de Sainte-Croix et d'Esparron offrent des aires bien équipées, mais là encore, arrivez tôt.
Le centre de la France : la région la plus sous-estimée pour le camping-car
Parlons un peu du centre de la France, parce que c'est la région qui m'a le plus surpris depuis que je fais du camping-car.
L'Auvergne, le Berry, la Creuse, la Nièvre : ces départements offrent des paysages volcaniques, des forêts, des lacs, des villages en pierre et une densité touristique remarquablement faible. On y trouve des aires de camping-car gratuites ou à moins de 5 € dans presque chaque bourg, et la plupart sont équipées en eau et vidange.
Le circuit que je recommande : Clermont-Ferrand, le Puy-de-Dôme, les lacs de la Chaîne des Puys, puis Saint-Flour, le Cantal, et la descente vers la vallée de la Dordogne par le Limousin. Comptez 700 kilomètres pour une semaine, avec des étapes courtes qui laissent le temps de randonner.
Et le climat y est plus clément qu'on ne le croit : les étés sont chauds mais rarement étouffants, et les orages du soir font partie du spectacle.
Le budget réaliste d'une semaine en camping-car en France
On me demande souvent combien coûte une semaine en camping-car. Voilà les chiffres que j'ai relevés sur mes propres voyages, en essayant de rester raisonnable sans me priver :
| Poste de dépense | Budget bas | Budget confort | Notes |
|---|---|---|---|
| Nuits en aires payantes | 80 € (7 × 12 €) | 140 € (7 × 20 €) | Le prix moyen d'une aire équipée se situe entre 10 et 18 € selon les régions |
| Nuits en aires gratuites | 0 € | 0 € | Environ une nuit sur trois est gratuite sur mes circuits |
| Carburant (600 km) | 80 € | 100 € | Un camping-car consomme en moyenne 10 à 12 litres aux 100 km |
| Péages | 0 € | 30 € | J'évite les autoroutes dès que possible, mais certains tronçons sont incontournables |
| Ravitaillement (7 jours) | 150 € | 250 € | En cuisinant à bord, on dépense à peine plus qu'à la maison |
| Activités et sorties | 50 € | 150 € | Visites, restaurants, locations de vélos… |
| Total | 360 € | 670 € | Pour deux personnes, hors amortissement du véhicule |
Les écarts sont énormes selon les périodes. En juillet-août, comptez 30 % de plus pour les aires et les campings, et des places plus difficiles à trouver. En mai, juin ou septembre, le même voyage coûte nettement moins cher pour un confort supérieur.
Les erreurs que j'ai commises pour que vous ne les fassiez pas
Après sept ans de camping-car, j'ai accumulé pas mal d'histoires. Certaines sont drôles, d'autres m'ont coûté cher.
Ma première grande erreur : vouloir tout voir. Pour mon premier grand voyage, j'avais programmé 2 500 kilomètres en dix jours, de la Bretagne à la Provence. Résultat : des étapes de 300 kilomètres, des arrivées à la nuit tombée, et des aires trouvées dans l'urgence, sans aucune vérification. J'ai passé plus de temps au volant qu'à visiter. Depuis, je limite mes circuits et je garde des journées "sans rouler" pour explorer. Deuxième erreur : négliger la météo en montagne. Un mois de juin, je suis parti sur la Route des Grandes Alpes en confiance, avec des prévisions annoncées comme "correctes". Trois jours plus tard, je me suis retrouvé au col du Lautaret sous 40 centimètres de neige, incapable d'avancer, avec une aire d'hiver déjà transformée en parking à sec. Leçon apprise : en altitude, la météo change vite, et les conditions d'un col ne sont jamais celles de la vallée. Troisième erreur : ne pas vérifier les arrêtés municipaux. Dans plusieurs communes du littoral, le stationnement des camping-cars est désormais réglementé, voire interdit sur certaines portions. J'ai appris cela à la dure, avec une contravention de 35 € en poche.Et la question que tout le monde pose : peut-on vraiment dormir n'importe où ?
Non. Et c'est tant mieux.
Le stationnement libre est autorisé dans la plupart des communes françaises, sauf arrêté municipal contraire, mais il est soumis à des règles : il ne doit pas dépasser 24 heures, ne pas gêner la circulation, et ne pas se faire sur un terrain privé sans autorisation.
La réalité du terrain, c'est que le camping-car doit rester un véhicule, pas devenir une installation. Depuis quelques années, les communes littorales et certaines zones de montagne multiplient les restrictions. La règle d'or : cherchez une aire dédiée, et si vous stationnez ailleurs, faites-le discrètement, pour une seule nuit, sans déployer votre terrasse.
Franchement, les aires de camping-car ont beaucoup évolué. Même les petites communes rurales investissent dans des aires propres et bien équipées, avec eau, vidange et parfois électricité, pour quelques euros la nuit. C'est un budget modeste qui évite bien des soucis.
La vraie question : de combien de temps disposez-vous vraiment ?
Tout le monde me demande quelle est "la plus belle route de France en camping-car". C'est une mauvaise question.
La bonne question, c'est : combien de temps avez-vous, et qu'est-ce que vous aimez regarder le matin en ouvrant la porte ?
Une semaine, c'est court. Il vaut mieux choisir une région et la parcourir lentement, plutôt que d'essayer d'en voir deux. Deux semaines permettent de combiner un grand itinéraire avec des étapes plus longues. Un week-end, même, mérite de sortir le camping-car du garage : un aller-retour de 300 kilomètres vers une région proche, avec une nuit sur place, suffit à se changer les idées.
La France offre une diversité remarquable : montagnes, côtes, campagnes, vignobles, gorges, plateaux volcaniques. Chaque région a ses routes, ses aires et ses habitudes. Le secret n'est pas de trouver la route parfaite, c'est de trouver celle qui correspond à votre rythme et à vos envies du moment.
Et c'est peut-être ça, finalement, la plus belle route : celle qu'on prend le temps de parcourir, avec des étapes à la carte et la liberté de s'arrêter parce qu'un village vous plaît, sans regarder sa montre. Le camping-car offre cette liberté-là. Encore faut-il accepter de ne pas vouloir tout voir d'un coup.
La route, elle, sera toujours là. Il suffit de la prendre au bon moment.